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samedi, 06 mai 2006

« La corrida est une survivance des temps barbares et ne devrait plus exister ».

Louis Ballester dit cette phrase, on peut la séparer : la corrida est une survivance des temps barbares; la corrida ne devrait plus exister.
Qu'en pensez-vous?
Je tiens à remercier Alain qui a eu l'idée de cette note.

Commentaires

Antonito, je te dis deux fois BRAVO.

La première fois en français, c’est le bravo de félicitation :
- félicitations pour ton honnêteté intellectuelle, ce qui n’est malheureusement pas si courant que cela par les temps qui courent (il suffit de voir les raisonnements particulièrement spécieux des "antis"). Honnêteté intellectuelle car tu disais, au départ sur une autre page de ton blog, que la phrase de Louis Ballester ne faisait pas avancer le débat ; tu sais changer d’avis face à une argumentation qui te convainc et tu ne reste pas arque bouter sur ta première idée. Bravo

La deuxième fois en espagnol, c’est le bravo du courage :
- courage pour ta volonté d’aller jusqu’au bout du débat car malgré le fait que tu n’aimes pas accoler le mot "barbarie" à ta passion que tu regarde avec les yeux de Chimène (elle-même aficionada d’El Cid Campeador qui aurait combattu à cheval des taureaux à la lance – ce n’est malheureusement qu’une légende), tu n’hésites pas à faire de la barbarie un sujet de discussion, peut être qu’ainsi les 3 % qui nous séparent disparaitront-ils ? Encore Bravo

Je vais essayer de donner un avis sur chacun des deux points pour ouvrir le débat.

- LA CORRIDA EST UNE SURVIVANCE DES TEMPS BARBARES.
il faut d’abord remarquer que Louis n’a pas écrit que la corrida est barbare mais bien est une survivance barbare. Je pense que nous pouvons être tous d’accord pour convenir que la place du taureau dans la civilisation était étroitement liée à l’idée que l’Homme (homme et femme en tant qu’humanité), à l’idée que l’Homme, donc, se faisait de sa relation à la nature.

Le taureau (au sens de bovin) a été l’un, pour ne pas dire le premier, animal à être domestiquer par l’Homme. C’était son bien le plus cher (dans les deux acceptions du terme « aimé » et d’un « prix élevé ») au point même que les mots de la famille de « pécule » viennent du latin peculum « bien amassé par les esclaves », lui-même de pecus « bétail ». C’est cette valeur qui destinait le taureau à l’hôtel des sacrifices.

C’est aussi sa force et sa puissance sexuelle qui le destinait dans toute la mythologie à être, soit l’adversaire emblématique des Dieux ou des Demi-dieux (Hercule et le taureau de Crète, Thésée et le Minotaure etc …) parfois aussi des hommes, soit le vecteur d’une conquête féminine (Zeus et Io ou encore Zeus et Europe etc …). C’est cette puissance qui destinait le taureau à l’affrontement avec l’Homme.

Tout cela était-ce de la barbarie ? je ne le pense pas ou en tout les cas pas encore. Cela, par contre, le deviendra peut être quand l’Homme, pour prouver sa force et sa puissance, pour prouver sa supériorité sur la nature animale, pour vaincre des peurs ancestrales, affrontera toutes sortes d’animaux et principalement des taureaux. Les peintures rupestres de Lascaux en France, d’Altamira en Espagne, les fresques de Cnossos en Crète ou du Dieu Apis à Memphis en Égypte sont là pour en témoigner. Ce le sera très certainement dans l’Empire romain quand les jeux du cirque devinrent le pain quotidien de la société la plus évoluée de son temps. Si l’on considère la corrida comme le recueil de ces traditions à un millénaire de distance, ce que personne de sensée ne peut soutenir, alors OUI, la corrida est une survivance des temps barbares.

Mais alors comment expliquer ce hiatus de mille ans dans les temps barbares ? La seule façon de combler cette solution de continuité « discontinuité » c’est de trouver ce qui a perduré pendant tout ce temps. Je pense que les choses sont simples à comprendre ; les Barbares, au vrai sens du terme (ceux qui ne parlent pas latin), ceux qui renversèrent l’Empire romain, ceux qui donnèrent naissance à l’Europe actuelle (les Wisigoths, les Suèves et les Alains en Hispanie, les Francs, les Burgondes et les Alamans en Gaule, les Ostrogoths en Italie et en Pannonie, les Angles et les Saxons en Bretagne la grande), ces barbares sont le seul point commun. En mille ans ces barbares sont devenus ces espagnols, ces français, ces italiens, ces grands bretons qui sont à la base de notre société, notre civilisation actuelle. En fait CE N'EST PAS LA CORRIDA QUI EST BARBARE, SE SONT LES HOMMES. La corrida n’est pas une survivance des temps barbares, c’est une survivance de la barbarie humaine.

C’est ce vieux fond de barbarie qui nous permet de supporter toutes les misères du monde et qui nous a permis aussi de prendre le dessus sur la sauvagerie animale pour faire de nous ce que nous sommes devenu : des humains. Si je suis assis dans la plaza c’est parce que je ne suis qu’un homme avec un petit « h », un homme qui s’est découvert imparfait, un homme qui n’est pas à l’image de perfection de son créateur, un homme suffisamment barbare pour supporter la guerre, la famine, le sous développement, l’esclave domestique, le travail des enfants, la pauvreté du quart-monde et tout ce qui fait la "grandeur" de la civilisation à la télévision, le soir aux informations de 20 h, y compris la corrida et pourquoi pas la boxe (affrontement de l’homme par l’homme) ! ! !

- LA CORRIDA NE DEVRAIT PLUS EXISTER
S’il suffisait de supprimer la corrida pour supprimer la barbarie, il y a déjà longtemps que cela serait fait. Ce n’est donc pas en supprimant la corrida que l’on supprimera la barbarie. Il y a d’ailleurs en ce bas monde, le monde des Hommes, de bien plus grandes barbaries que la corrida. De plus l’Homme sera toujours disposé à en inventer de nouvelles, comme ces "antis" qui se réjouissent de la mort d’un torero ou qui agressent physiquement des aficionados, quelle belle grandeur d’âme ! ! !

Et c’est là que je refuse la leçon des "antis", seraient-ils des hommes et des femmes mieux que les autres, exempt de toute barbarie envers leurs semblables, si parfait qu’ils n’auraient plus besoin de s’améliorer et qui n’auraient plus qu’un seul but : améliorer les autres ?

Que celui qui ne s’est jamais compromis avec l’idéal humain me lance la première pierre.

Alors les "antis" encore un peu de patience, depuis 7 millions d’années la marche vers la perfection est engagée, quelques siècles encore et les humains auront fait de tels progrès que la corrida n’existera plus.

Suerte à todos

Ecrit par : Alain | samedi, 13 mai 2006

Comment mieux commencer une note que par un commentaire d'Alain?
La est toute la question!
Non, sans rire, ce commentaire est plein de vérités, je pense qu'il donne la réponse attendue par tous depuis longtemps.
Il n'y a pas une faute de sens sauf peut-être cette phrase qui me chifonne : non en fait il n'y en a pas. Pour une fois, il n'y en a pas, c'est fou je crois que c'est la première fois que cela arrive, je suis d'accord avec tout, ça fait assez bizare mais je m'y fait. De toute façon, comment ne pas être d'accord avec ce qu'Alain vient de nous dire, je crois que tous les gens de sensés et de rationnels peuvent changer d'avis.
Cette fois plus que toutes, avec cet historique bien pensé, avec ces exemples travaillés et surtout avec des mots choisis à merveille, je ne m'incline pas (car j'étais déjà un peu conquis) mais je m'élève pour prendre du recul et ce commentaire m'a donné encore bien des arguments afin de livrer "bataille" aux antis.
Alors Alain merci encore pour ce commentaire et là je crois que tu vas faire fuir le peu d'"antis" qui font de la résistance.

Ecrit par : antonito | lundi, 15 mai 2006

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